La santé numérique : un Nouveau Monde prometteur ?

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Nous sommes face à la plus grande crise sanitaire de la dernière décennie. 

Les cicatrices laissées sur la façon dont la société s’organise, travaille, relance son économie, et sur l’écosystème de la santé, invitent à changer de paradigme.

Ce billet tente d’éclairer ces différents aspects.

La pandémie a montré que la communauté mondiale n’était pas structurée pour contenir efficacement la propagation virale. La masse des mesures et conduites à tenir allait bien bien au-delà de la médecine.  Si une nouvelle pandémie arrive, nous devrions avoir augmenté notre capacité à y répondre. Cette crise a accéléré le rôle de la santé numérique et son soutien à la santé publique. Elle a aussi mis en avant des moyens et une nouvelle organisation plus agile des soins.

Cela a aidé pendant le confinement à maintenir un minimum de soins pour les patients et les populations fragiles. Cette crise a contraint les décideurs politiques, les professionnels de la santé, les patients et les industriels à adopter les outils numériques dans un contexte d’urgence. Croire que le numérique résoudra l’avenir est tout aussi vain que de vouloir faire sans. 

 

 

La santé numérique: combat rapproché contre la pandémie

 

Gestion de l’épidémiologie, contrôle des cas, organisation de l’accès aux soins, développement rapide de tests diagnostiques, médicaments et vaccins sont des aspects qui permettent de mieux gérer cette situation critique. Sur tous ces aspects, la santé numérique est un contributeur clé pour accélérer la réponse humaine.

 

 

La e-santé a démontré qu’elle peut soutenir des actions de santé publique à plusieurs niveaux.

  • Faciliter le tri entre les informations officielles et les fake news, et diffuser l’information à des milliards de personnes ; 
  • Accélérez la recherche de thérapies et de vaccins pour prévenir et guérir ;
  • Fabriquer localement des fournitures médicales essentielles pour protéger les soignants, les travailleurs et les populations fragiles ;
  • Tracer la propagation virale à travers les contacts sociaux ; 
  • Accélérez le diagnostic médical ; 
  • Maintenir la continuité des soins et les relations avec les patients.

Malgré cet éventail d’applications, la santé numérique n’est qu’un élément d’une stratégie plus large de santé publique. 

Cette crise a montré que nous avons besoin de plus de professionnels de santé sur le terrain et d’un meilleur accès aux équipements médicaux.

Nous avons besoin d’efforts coordonnés pour tester autant de patients que possible en un temps record. 

Nous avons besoin d’interventions sur le terrain pour retracer les contacts et améliorer notre capacité à verrouiller et rouvrir les zones de manière rapide et réactive.

Sans tous ces composants, la santé numérique restera un gadget sophistiqué qui ne  participe pas vraiment à la santé publique. 

 

Le numérique pour analyser la diffusion virale 

Même avant le début de la pandémie, la société canadienne BlueDot a utilisé les algorithmes d’intelligence artificielle pour émettre un premier avertissement d’épidémie, en s’appuyant sur une analyse croisée des informations, du trafic aérien et des maladies animales donnés sur l’épidémie. Manipuler de grands ensembles de données sur la population, l’état des patients et la localisation est essentiel pour prendre en charge une limitation efficace de la propagation des virus

La plateforme open source Nextstrain fournit une mise à jour de l’analyse des données montrant l’évolution des propagations. Cette plateforme est consultée plus d’un milliard de fois par jour dans le monde, et utilisée par les virologues,épidémiologistes, responsables de la santé publique et scientifiques comme un outil de surveillance. 

 

L’intelligence artificielle accélère la recherche de traitement

 

Par exemple, Deepmind une entreprise britannique spécialisée dans l’intelligence artificielle a partagé ouvertement ses analyses sur la structure du virus. En aval du développement d’un traitement, la start-up française Exactcure a mobilisé ses compétences et ressources sur l’IA pour construire des jumeaux numériques qui sont actuellement utilisés pour valider l’efficacité des traitements actuellement testés contre le virus.

 

La télésurveillance des patients

 

La longue période d’incubation et la forte contagiosité ont précipité le recours à des systèmes de soins à distance comme la surveillance sans contact des patients. Enfin, les robots ont également pu prendre soin des patients en quarantaine pour échantillonner leurs signes vitaux, gérer la livraison des médicaments ou désinfecter les locaux. 

La télémédecine devrait se généraliser dès lors que la crise sanitaire a été une impulsion décisive pour son expansion. Contagiosité virale et confinement ont imposé la téléconsultation comme un soutien pour assurer la continuité des soins aux patients en quarantaine, ou aux populations à risque comme les patients souffrant de maladies chroniques.

La nécessité de disposer d’informations fiables sur les symptômes de la maladie a vu naître de nombreux chatbots pour guider les patients à travers la première évaluation du risque de contamination et l’aiguillage des patients au sein des systèmes de soins. 

 

Prévenir et éduquer contre l’infodémie

 

À la fois crise sanitaire et crise de l’information, accessibilité instantanée aux informations et aux fausses informations font du numérique à la fois un ami et un ennemi.

Parallèlement à la chasse à la désinformation, plusieurs plateformes numériques ont été développées pour garantir des informations fiables sur l’épidémie. 

Par exemple, l’APHP a publié du contenu de formation gratuit (sur la ventilation, la réanimation, les protocoles de prise en charge des patients…) pour le personnel hospitalier. De même, la plateforme espagnole Epidemixs est considérée comme une bibliothèque de santé pour les soignants et les patients. 

Le contrôle de la qualité des informations est crucial pour soutenir la lutte contre la propagation épidémique. L’infodémie et la désinformation se propagent plus rapidement que le virus lui-même. Le contrôle et la surveillance de l’information sont complexes. Ainsi, des outils spécifiques ont émergé pour suivre ce qui est dit sur les réseaux sociaux et repérer les fausses nouvelles ou les données peu fiables. 

 

Quel est le rôle du numérique en santé publique ?

 

La place et l’impact de la santé numérique ont été vigoureusement et à juste titre débattus. Ce débat porte plus spécifiquement sur la vie privée et la confidentialité des données.

 Liberté individuelle et protection accrue de la population contre le virus se chamaillent.

Ce n’est pas une question médicale ni technologique, mais politique et culturelle. 

D’ailleurs la réponse est variable, d’un pays à l’autre, et au sein de chaque pays, d’un groupe de personnes à un autre.

Le tracking des infections soulève la polémique. En traçant les contacts des personnes infectées et en les testant, la santé publique vise à réduire les infections dans la population. L’OMS avait déjà souligné en 2017, l’importance de la recherche des contacts.

 

Le suivi des contacts a été mis en œuvre avec différents niveaux d’intrusion dans la vie des citoyens. De l’application volontaire TraceTogether à Singapour au port coercitif du bracelet connecté BeAware Bahrain, les solutions de traçage sont multiples.

L’acceptabilité du concept lui-même est discutée.

 

En France, l’application gouvernementale, StopCovid est utilisée volontairement pour retrouver des contacts et les informer des risques d’infection.

Le respect de la vie privée est un obstacle majeur pour ces détracteurs qui craignent que la crise sanitaire soit un cheval de Troie pour la surveillance et le contrôle de la population.

L’efficacité du suivi des contacts nécessite de retrouver 60 à 70% des contacts pour le rendre efficace.

Le succès de telles actions est également conditionné par un niveau d’alphabétisation numérique et par l’accès aux outils numériques.

Cette crise a confirmé la fracture numérique et rend incontestable que l’accès aux services de santé, à l’administration et aux infrastructures passe par le numérique pour tous.

La valeur ajoutée de la santé numérique était déjà vivement débattue avant la crise sanitaire. De toute évidence, la technologie n’a pas été suffisante pour sauver la situation. Le numérique a agi comme un catalyseur, associé aux mesures de confinement.

 

 

Repenser la santé numérique ?

 

Cette crise doit aider à nous préparer à de futures situations de type pandémie.  Mais également à repenser la manière dont les soins sont dispensés même dans des circonstances normales. La santé numérique a longtemps été considérée comme fantaisiste. La crise démontre que c’est une opportunité pour construire un système de soins averti numériquement sans tomber dans le piège du “solutionnisme technologique.”

 

En 2018, l’OMS estimait que les maladies non transmissibles (tabagisme, cancer …) représentaient 71% de la mortalité mondiale, tuant 41 millions de personnes chaque année. La même année, les estimations démographiques ont montré que pour la première fois dans l’histoire, il y avait plus de personnes de plus de 65 ans sur la planète qu’il n’y avait d’enfant de moins de 5 ans. 

Le besoin de changer la façon dont les soins de santé sont organisés entre la prévention et la curation, la recherche…

La crise sanitaire est un signal mondial qui nous encourage à faire mieux. 

 

Politiques nationales de santé 

 

Les pays doivent intégrer la santé numérique comme une composante stratégique de leurs politiques nationales de santé. Cela amène aux questions du financement de la santé numérique, sa gouvernance, sa coordination. C’est aussi une question de données, la façon dont elles sont collectées, stockées et analysées.

Les soins de santé basés sur les données nécessitent une collaboration entre les pays pour partager une partie de ces données pour la recherche médicale, mais aussi affiner notre compréhension des déterminants sociaux de la santé ou rechercher de nouveaux traitements. 

Cette collaboration doit respecter les droits fondamentaux sur la confidentialité, la sécurité, le traitement et la conservation des données. 

Le succès de cette mise en œuvre passe par une autonomisation des citoyens. Les citoyens doivent pouvoir interagir avec les institutions grâce au numérique de manière sécurisée et privée. C’est une condition nécessaire à la confiance envers les gouvernements et les géants de la technologie.

Enfin, la santé numérique fonctionnera si tout le monde l’utilise à grande échelle. En 2020, la santé numérique est encore une question socio-économique.

 

Une santé citoyenne

 

Une intégration efficace et durable du numérique dans la stratégie de santé publique doit être conduite par les patients, les soignants et les professionnels de santé. 

Éducation et formation doivent permettre la diffusion démocratique du savoir-faire numérique. Du médecin à l’infirmière, du geek à la personne âgée.

Améliorer la lisibilité de l’écosystème de la santé numérique est nécessaire.

Il y a de plus en plus d’opérateurs, de startups, d’algorithmes proposant des services complémentaires. Une sorte de nébuleuse complexe en termes de légitimité et de réussite. Un effort de clarification doit alimenter en permanence le développement et l’approbation des nouvelles solutions.

 

Quid du matériel 

 

Le débat sur la traçabilité des contacts en France a montré que 23% des citoyens n’avaient pas de smartphone. Une partie de la population n’a pas le Bluetooth pour permettre à l’application de fonctionner. De nombreux pays comme la France ont encore une couverture réseau insuffisante. 

Cette situation est problématique pour les patients souffrant de pathologies chroniques pour lesquels la téléconsultation est de première intention.

Le numérique n’est qu’une composante de l’équation. Des ressources humaines médicales et de soins sont indispensables. Outre la décentralisation et la refonte des activités de soins, l’hôpital public doit pouvoir attirer les talents par des conditions d’exercices attractifs.

De plus chacun doit être capable en autonomie de produire des médicaments et du matériel médical sur place grâce à de petites unités de fabrication agiles.

Nous n’étions pas préparés à l’inattendu.

Nous ne devons pas attendre une nouvelle pandémie pour renforcer l’organisation de soins de santé. Les technologies numériques méritent d’être intégrée à l’élaboration des politiques de santé. Cette intégration relève d’enjeux politiques, socio-économiques et industriels colossaux.

Mais c’est possible si ce n’est urgent.

(Source : Alcimed)

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